
La Corse est-elle un territoire français comme un autre ? Visiblement non, la preuve si l'on s'en réfère à la façon dont l'Etat et les médias traitent depuis des années les affaires qui s'y rapportent.
Mais, puisque c'est de saison, transportons-nous à Lille.
Imaginons que, à quelques jours d'écart, des hommes armés aient tiré sur le Palais de Justice de Lille, manquant de peu les policiers de faction, l'un d'entre eux retrouvant même une balle ou un éclat de balle dans son portefeuille.
Imaginons que, à la veille du premier tour, le F.U.C.Y.B (Front Unitaire des Ch'tis aux Yeux Bleux) ait publié un communiqué menaçant les électeurs non-Ch'tis de représailles s'ils osaient se mêler des affaires locales en participant aux élections municipales. Imaginons qu'un juré d'un procès d'assises où comparaissent six nationalistes Ch'tis pour le meurtre d'un autre nationaliste Ch'ti ait subi des pressions à son domicile pendant le procès par trois personnes dont le frère de l'un des accusés.
Imaginons que, pendant cette période, un restaurant-friterie saisonnier du bord de la Mer du Nord ait été plastiqué.
Imaginons enfin que, dans la banlieue de Dunkerque, la villa de paisibles retraités Corses ait été fortement endommagée par un attentat à l'explosif, avec une charge de forte puissance posée devant la porte alors que le couple était présent !
Connaissant la propension des médias à monter en épingle le moindre événement leur permettant de faire des unes et des éditions spéciales. Connaissant la propension récente de l'exécutif à se déplacer partout en France à la moindre occasion, médias à l'appui, comme la ministre de l'Intérieur la semaine dernière pour une explosion de gaz accidentelle à Lyon ou le Président de la République l'été dernier en Bretagne pour les obsèques d'un marin victime d'un accident de circulation maritime, on se dit que les médias et l'exécutif auraient fait leurs choux gras d'une telle série noire et auraient sauté sur l'occasion de faire monter le sentiment d'insécurité en fin de campagne électorale.
Oui, mais voilà, cette série d'événements n'a pas eu lieu dans le Nord-Pas de Calais, mais bel et bien en Corse, entre le 19 février et le 4 mars :
- Fusillade au Palais de Justice d'Ajaccio le 19 février 2008
- Menaces de représailles du FNLC-UC contre les Français "étrangers aux intérêts vitaux de la terre Corse" qui se rendraient aux urnes lors des élections municipales le 27 février 2008
- Une villa occupée plastiquée à Calenzana le 29 février 2008
- Pressions sur un juré du procès de l'assassinat d'un nationaliste corse à Marseille le mars 2008
- Un restaurant plastiqué à Propriano le 4 mars 2008
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